TÉMOIGNAGES  (B)

Milieu du 20ième siècle

 

France (Anatole)

 

 

 

"Le hasard est le pseudonyme de Dieu lorsqu'il ne voulait pas signer."

 

Colin (Henri), De la matière à la vie.  Beauchesne.1926

 

 

 

« Ce qui déconcerte, dans le chimisme vital, ce n’est pas que les êtres vivants élaborent tant de substances variées et si complexes qu’un très grand nombre n’ont pu, jusqu’alors, être préparées artificiellement :; ce n’est pas même qu'un travail aussi remarquable soit mené à bien avec des moyens en apparence tout ordinaires; le plus curieux, c’est qu’une infinité de réactions délicates dont chacune est pour nous un problème, se trouvent merveilleusement coordonnées et, sans qu’aucune prenne au détriment des autres une importance exagérée, concourant à assurer ce parfait équilibre des fonctions qui est la condition première de la vie. » p.138 

 

« Sous quelque aspect qu’on l’envisage, le problème de la vie nous écrase. Nul ne peut dire comment a été comblé, à un moment donné, l’abîme qui existe sous nos yeux ente les corps bruts et les êtres vivants; animer la matière nous parait, pour l’instant, une pure chimère.

Nous ignorons de quelle façon se sont élaborés les organismes de toutes sortes qui ont peuplé la Terre au cours des âges; les espèces actuelles ne paraissent varier qu’entre des limites très étroites, quoi qu’on fasse pour troubler leur équilibre….

A présent que l’expérience a eu le temps d’exercer son contrôle, l’heure des explications est venue. La science a fait des merveilles, notre civilisation matérielle en témoigne; elle n’a pu arracher à la vie son secret. Au terme de nos investigations dans la domaine de la biologie, qu’avons nous appris d’essentiel sinon ce qui tient dans ces mots; « il y a les corps bruts et il y a les êtres vivants », rien que n'enseigne le simple bon sens.

Tant il est vrai que « les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les  homme en naissant; l’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis. (Pascal) » p.331.

 

 

Pierre termier. La vocation du savant. Desclée, 1929 p. 36-38

 

 

 

“On sait la vogue prodigieuse de la théorie évolutionniste et comment elle est devenue, entre 1860 et 1870, un véritable dogme et même  dans quelques pays comme le nôtre, un dogme d’État, base de l’enseignement  officiel. Depuis quinze ou vingt ans, le dogme s’effrite un peu : ses défenseurs perdent de  leur assurance, la théorie se résigne à n’être plus qu’une hypothèse scientifique, ce qu'elle n’aurait jamais du cesser d’être. La seule chose qui paraisse bien établie, c’est qu’il existe une certaine évolution , une évolution par colonnes parallèles, chaque colonne étant un phylum, c'est-à-dire un groupe d’animaux ou de plantes liés généalogiquement les unes aux autres. Mais de rattacher un phylum à un autre phylum, il n’est plus guère question, ou du moins l’on propose cela timidement et comme une simple hypothèse; et personne n’ose plus parler de la descendance générale et universelle. Les phylums apparaissent, le plus souvent, de façon brusque; ils se développent avec une étonnant rapidité; puis, la plupart du temps, ils déclinent et meurent.  Leur origine se  perd dans la nuit; et l’on ne sait ni pourquoi certains se transforment, ni pourquoi d’autres semblent réfractaires à toute évolution importante, ni pourquoi ils se mettent tout d’un coup à décliner ni pourquoi ils disparaissent.

Que de mystères dans tout cela et comme les explications qu’on nous donnait, il y a quarante ans, nous paraissent insuffisantes et enfantines! Sur la scène de la biosphère où se joue le grand drame des vivants, des personnages apparaissent, successivement, chacun à son heure. On ne les attendait pas. Qui les a appelés ?  et quel est le régisseur de ce théâtre de la Vie? La science ne nous le dira pas….  Le nombre augmente sans cesse des acteurs en scène et la splendeur des costumes, la variété des attitudes, la perfection du jeu, ne font que s’accroître. Enfin depuis quelque temps, peu de temps, semble-t-il, un nouvel acteur a paru, infiniment supérieur à tous les autres.  On voit tout de suite que ceux qui l’ont précédé n’avaient pas d'autre emploi que de préparer sa venue; et ceux qui l’entourent maintenant  sont visiblement là pour lui donne la réplique et le servir. Ce dernier acteur, c’est l,Homme. »

 

 

EINSTEIN (aLBERT) Comment je vois le monde. 1934

 

 

 

"La plus belle émotion que nous puissions éprouver est de nature mystique. C'est la puissance de tout art et de toute science véritable. Celui qui ne connaît pas cette émotion pourrait tout aussi  bien être mort. Savoir que ce qui nous est impénétrable existe vraiment, se manifeste par la sagesse la plus élevée et par la beauté la plus radieuse, que nos facultés restreintes ne peuvent appréhender que sous leurs formes les plus primitives-- ce savoir, ce sentiment se trouve au cœur de la vraie religiosité. En ce sens, et en ce sens seulement, je compte au nombre des hommes profondément religieux.

 

 Un être humain fait partie d'un ensemble...il se perçoit lui-même, ses pensées et ses sentiments comme quelque chose de séparé du reste du monde---c'est une sorte d'illusion d'optique de sa conscience. Cette illusion est une prison nous limitant à nos désirs personnels et à l'affection pour nos proches. Notre tâche doit consister à nous en libérer en élargissant notre cercle de compassion de manière à embrasser toutes les créatures vivantes, et l'ensemble de la nature dans sa beauté. Personne n'est capable de réaliser cela complètement, mais les efforts que nous faisons en ce sens constituent, en soi, une partie de la libération et un fondement de la sécurité intérieure."

 

"Le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito."

 

Jules Carles. S.JLe transformisme (Que sais-je ?)

 

 

 

"Il est bien évident que la réalité de l'Évolution n'est plus mise en doute par personne et qu'il et impossible, depuis assez longtemps d'ailleurs, de citer le nom d'un seul savant fixiste" p. 23.

 

 “En abordant la vie, il est indispensable, comme le note  très justement A Comte, d,adapter un point de vue synthétique et central, un point de vue qui nous expliquera le détail par l’ensemble alors que la physique et la chimie tentent d’expliquer l’ensemble par les parties. Le vivant est un tout  dont E. Kant donnait en trois mots une admirable définition : il est « cause et effet de lui –même »

 

 Les origines de la vie.  p.31. 1950

 

 

 

      Pourtant une bombe éclate en 1937 et déclenche une controverse....

 

Lemoine. Professeur au Museum

 Dans la conclusion  au tome V de l'ENCYCLOPÉDIE FRANÇAISE (1937)  écrit..

 

 

 

" Le tome V de l'Encyclopédie française marquera certainement une date dans l'histoire de nos idées sur l'évolution; il ressort de sa lecture que cette théorie semble à la veille d'être abandonnée... Il résulte de cet exposé que la théorie de l'évolution est impossible. Au fond, malgré les apparences, personne n'y croit plus et l'on dit sans y attacher d'importance "évolution"pour signifier "enchaînement" ou "plus évolués" au sens de "plus perfectionnés", moins perfectionnés", parce que c'est un langage conventionnel admis et presque obligatoire dans le monde scientifique.

     L'évolution est une sorte de dogme auquel ses prêtres ne croient plus mais qu'ils maintiennent pour leur peuple. Car, il faut avoir le courage de le dire pour que les hommes de la génération future orientent leurs recherches d'une autre façon." p. 82-83

 

À la suite de réunions contradictoires... il ajoute

 

 "Mais il me semble que si, d’une part, on constate une évolution sensiblement nulle pendant 500 millions d’années et si, d'autre part, le passé mystérieux des époques précambriennes ne peut guère compter qu’un milliard, ou à la grande rigueur, deux milliards d'années (et c’est peut-être beaucoup) ce passé est insuffisant pour faire tenir toute l’évolution des êtres imaginaires qui relieraient les embranchements entre eux.

Pour arriver à une origine monophylétique de la vie, il faudrait invoquer des durées de l'ordre de 50 à 100 milliards d'années.  Étant donné le temps dont on dispose, il faut invoquer des séries d'évolutions parallèles pour chaque groupe. Que l'on prenne l'embranchement, que l'on prenne la famille, peu importe, il en résulte que la vie est apparue sur le globe non pas une mais plusieurs fois."

(On voit que c'est surtout le monophylétisme qui est en cause. A un autre moment des discussions qui ont suivi cette charge, Lemoine laisse échapper le motif fondamental de son opposition :

"Car l'évolution me parait impliquer à la base une notion de créationnisme qui déplait à mon esprit”)

 

 

 

ROUVIÈRE H. Anatomie philosophique. 1941

 

 

 

« Les transformistes eux-mêmes reconnaissent qu’il y a une crise du transformisme. Cette expression minimise le mal, car il s’est produit un véritable effondrement de la doctrine transformiste. La plupart des biologistes ont rejeté le transformisme et certains d’entre eux  qui l’avaient  soutenu sont, parmi ses détracteurs, les plus actifs à combattre l’erreur dans laquelle  ils ont plus ou moins longtemps vécu.

Les transformistes ont voulu trouver la cause principale de cette crise dans « les facteurs psychologiques » : dans l’influence de l’école, des convictions religieuses, de l’idée à la mode, des tendances du moment, de l’anthropocentrisme.

Ces différentes influences ne pouvaient avoir  d’effet que sur un public ignorant, ou peut-être cultivé, mais insuffisamment instruit des problèmes de l’évolution. C’est ce public qui a gardé la croyance transformiste. La plupart des biologistes au contraire, se sont éloignés d'elle parce que les défenseurs du transformisme n’ont jamais apporté la moindre preuve à l’appui de leur théorie et que tout ce que l’on sait de l’évolution plaide contre elle » p. 27

 

 

MORET  M.L. Manuel de paléontologie animale. Masson 1940

 

 

 

 

 

« La notion d’évolution restreinte est, semble-t-il, un fait acquis, imposé par la documentation paléontologique. Là où commence l’hypothèse et où nous manquons encore de vérifications paléontologiques concrètes, c’est lorsque, généralisant cette notion, on cherche à l’étendre à l’histoire totale de la vie en un grandiose transformisme. Et cependant, combien peu de paléontologistes, à l’heure actuelle, contestent cette belle hypothèse de travail dont leurs travaux sont tout imprégnés!

Toutefois, ce que l’on doit proclamer en toute humilité, c'est que, malgré de grands effort, le déterminisme exact de l’évolution échappe encore à notre entendement et qu’aucune des théories proposées pour l’expliquer n’est satisfaisante : en ce sens seulement et devant les divergences d’opinions, on peut parler d’une « crise du transformisme ». (p. 29)

 

 

Rabaud. M.E. Transformisme et adaptation. 1942

 

 

 

 

 

« Induits en erreur par l’acception que l’opinion courante donne au mot d’ « évolution », nous le tenions pour exprimer l’idée de progrès . …Chassons-la et rendons nous à l’évidence. Évoluer ne signifie pas progresser, évoluer n’est pas aboutir à l’ajustement des formes à telle ou telle particularité de la façon de vivre. Évoluer, c’est tout uniment changer. C’est changer non pas en fonction de l’habitat des moyens de l’existence liés ou non à cet habitat, mais en fonction  des conditions d’échanges de cet organisme avec les éléments du milieu. Un équilibre existe, équilibre métabolique tel que l’organisme continue de vivre de la seule façon possible pour cet organisme, certaines conditions étant données; dans cet équilibre, dans cette possibilité de vivre réside, si l’on veut , l’adaptation » 251

 

 

Lecomte du Noüy (Pierre) La destinée humaine. 1947

 

 

 

,,.”L’évolution, nous le répétons, n’est compréhensible que si nous admettons qu’elle est  dominée par une finalité, un but précis et éloigné. Si nous n’acceptons pas la réalité de ce pôle d’orientation, non seulement sommes-nous forcés de reconnaître que l’évolution est rigoureusement incompatible avec nos lois de la matière, comme nous l’avons démontré, mais – et ceci est sérieux--- l’apparition  des idées morales et spirituelles demeure un mystère absolu. Mystère pour mystère, il semble plus sage, plus logique et plus intelligent de choisir celui qui explique et satisfait ainsi notre besoin de compréhension; celui qui ouvre les portes à l’espérance, plutôt que celui qui ferme ces portes et n’explique rien.

 L’adaptation, la sélection naturelle, les mutations sont, au contraire, des mécanismes qui ont contribué à la lente édification de l’évolution, sans être eux mêmes toujours progressifs. Strictement parlant, ces mécanismes ne sont pas des facteurs déterminants dans l’évolution générale, pas plus que le maçon est un facteur déterminant dans l’édification de la cathédrale  qu’il construit. …… « Chacun  (des mécanismes)  contribue matériellement, statistiquement à l’évolution, mais les lois auxquelles ils obéissent ne sont pas réellement identiques avec celles de l’évolution qui les domine et les mets en relation.. »

 

 

 

 

 

 

Louis Bounoure, L’autonomie de l’être vivant, Paris, P. U. F., 1949, p. 213

 

 

 

“ Dans la comparaison si usée de l’organisme et de l’horloge, (...) il y a une part de juste analogie: tout être vivant est un mécanisme, parce que, remarque Cuénot, un mécanisme, c’est une pensée mise en acte. On ne peut constater l’unité et la finalité de l’organisme, ni son autono­mie, sans reconnaître en lui ce souffle de l’esprit que le sens biologique de Goethe lui faisait percevoir en toute forme animée. ”

 

 

 

 

 

 

Vandel. L'homme et l'évolution.

 

 

 

"La genèse des adaptations nous reste presque complètement inconnu. Les documents paléontologiques sont à cet égard d'une décevante pauvreté. Nous ne connaissons à peu près rien des transformations qui ont conduit à la réalisation des adaptations fonctionnelles les plus courantes marche, nage, vol. ."

 

 

 

 

Tétry (Andrée) Les outils chez les êtres vivants. Gallimard, 1948

 

 

 

"Le vivant comporte une abondance d'outils qui n'a d'égale que leur diversité; de par leur structure, leur fonctionnement, ils offrent une certaine similitude avec l'outil fabriqué. Tout comme ce dernier, l'outil naturel a une causalité propre, une action conforme à sa nature et  aux exigences  de son individualité. ......(liste d'une multitude d'outils que l'on trouve chez les vivants) Mais une différence essentielle se manifeste entre l'outil naturel et l'outil fabriqué; ce dernier est extérieur à l'Homme, qui l'exécute avec les matériaux variés mis à sa disposition; liberté de matière à laquelle s'ajoutent liberté de figure, liberté de durée....Dans la majorité des cas, l'outil du Vivant fait partie intégrante de l'animal; il est édifié avec sa propre substance qui est alors déviée de sa destination primitive. L'organe électrique n'est pas autre chose qu'un muscle ayant subi une différenciation particulière..

La fabrication de l'outil humain exige donc la présence simultanée d'une intelligence capable de concevoir a priori un modèle et une main  qui tout d'abord en esquisse une première approximation, puis réalise le projet à partir de matériaux adéquats. L'un ou l'autre des facteur considéré isolément est incompétent pour fabriquer l'outil...La représentation anticipée de l'outil, c'est-à-dire du but ou de la fin à atteindre (cause finale), conditionne sa production qui est donc un acte articulé, précédé d'une idée et opérant comme une cause; à cette cause finale peut s'ajouter un besoin plus ou moins urgent de l'outil avant qu'il n'ait été imaginé; ce besoin aiguillonne la découverte, mais n'est  nullement indispensable à la conception de l'outil."

 

 

de Broglie  (Louis ), Revista Euclides, vol. XI mai- juin 1951

 

 

 

"Il parait incroyable que de semblables organes aient pu être produits par les seuls effets du hasard, même prolongés pendant des durées énormes. Les réalisations de la vie semblent résulter d'une force organisatrice qui ne se manifeste pas dans la nature inerte et dont la véritable nature nous parait totalement inconnue."

 

 

 

Arthur Koestler. La quête de l’absolu.  P.632

 

 

« Après une éclipse sous le règne des orthodoxies réductionnistes en physique et en biologie, il (le principe d’ordre â partir du désordre) retrouve son ascendant dans des versions plus raffinées. J’ai cité les concepts apparentés de la néguentropie de Schrödinger, de  la syntropie de Sxzent-Gyorgyi, de l’élan vital de Bergson, etc ; on peut ajouter à la liste l’anamorphose du biologiste allemand Woltereck, terme repris par Von Bertalanffy, pour désigner la tendance de la nature à créer de nouvelle formes de vies, et aussi, dans les écrits de L.L.Whyte, le « principe morphique » ou « principe fondamental du développement de structure ». Ce que ces théories ont en commun, c’est … le travail de la nature pour créer de l’Ordre à partir du désordre, un cosmos à partir du chaos, comme des principes ultimes irréductibles, au-delà de la causalité mécanique. »

 

 

 

Augier . Introduction à la biologie.

 

 

 

"Nous n'avons aucun fait paléontologique qui puisse montrer le passage par évolution d'un embranchement à un autre. L'indépendance des embranchements est même un des résultats les plus important de la science moderne....

De toute façon  il n'est pas question de relier tous les animaux à un précurseur unique : l'hypothèse d'une série continue de la monère à l'homme n'a plus aucun crédit scientifique" p.226.

 

 

 

 

Caullery.Les étapes de la biologie,  (Que sais-je ?)

 

 

 

"Comment cette adaptation s'est-elle réalisée ? On ne sait, mais l'esprit se refuse à n'y voir que le simple résultat d'une série de hasards dans les variations de l'espèces....La paléontologie apporte, à l'idée d'évolution, des arguments de faits multiples et décisifs, mais ne nous offre que des données fragmentaires et elle ne nous montre, ni l'origine réelle des divers groupes, ni ne nous donne accès aux origines de la Vie. Par sa nature même l'évolution n'est pas un problème totalement accessible à la méthode expérimentale et mieux vaut reconnaître la grande part d'inconnu qu'il comporte encore. " p. 121

 

 

 

 

Guyénot.  L'origine des espèces, (Que sais-je ? )

 

 

 

« L’espèce n’est pas une entité fixe; elle doit être considérée dans le temps. Certaines, parfaitement définies, restent stables pendant des durées souvent considérables. D’autres sont en voie de formation. Il y a, en définitive, tous les passages entre la race et l’espèce; il n’y a guère entre ces deux termes de l’Évolution qu’une différence de degré » p. 105

 

« Il doit y avoir eu une Évolution en profondeur susceptible de réaliser la différenciation des genres, des familles, des ordres, des classes, des embranchement. Cette évolution appartient entièrement au passé; elle ne repose sur aucune preuve directe. Elle correspond cependant à la seule façon d’interpréter rationnellement des faits d’ordre anatomique, embryologique et paléontologique,  constituant par leur ensemble un véritable faisceau de preuve. » p.12

 

« Quand à la différenciation, qui se perd dans la nuit des temps, des spongiaires, des échinodermes, des mollusques, des vers, ....quant aux relation possible entre le règne animal et le règne végétal, il faut avouer que, sur tous ces points notre ignorance est absolue. Les reconstitutions phylétiques proposées sont purement fantaisistes comme de tous les êtres vivants. Il n'est cependant nullement exclu que la vie ait pu prendre naissance à  plusieurs reprises" p. 112-123

 

 

 

 

ROSTAND

 

 

 

 “ Le hasard, même en disposant de millions de siècles, même en gaspillant follement le matériel vital, n’arrivera pas à faire un cerveau ou un œil. ” L’évolution des espèces, Hachette, 1932, p. 168

 

« Il faut redire avec force que, hors la mutation, il n’y a que ténèbres, et que, pour toute  la part d’évolution qu’on lui refuse, on n’a d'autre ressource que d’invoquer des facteurs inconnus ». P. 71. Cuenot et J. Rostand. Introduction à la génétique.  1936

 

Ce que je crois. 1953

"Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ignorons tout du mécanisme de l'évolution. Au point où nous sommes arrivés j'ai le sentiment très net que toutes querelles sont stériles qui opposent des adversaires mêmement ignorants et obstinés à vouloir tirer de leurs maigres prémisses beaucoup plus qu'elles ne renferment...J'ajouterai que, si obscures que me paraissent les causes de l'évolution, je ne saurais douter une seconde qu'elles ne fussent de l'ordre naturel....Et alors même que notre science n'arriverait pas à le résoudre ( problème de l'évolution) nous n'aurions pas à en conclure  qu'il soit du ressort de la métaphysique."

 

 

“ Le livre de Monod [il s’agit du livre Le hasard et la nécessité] est un livre qui n’apporte rien sur le plan philosophique. Il reprend la vieille thèse scientiste à laquelle j’adhérais quand j’avais douze ans, un peu revue par la biologie moléculaire puisqu’il s’agit du hasard des molécules. C’est du Démocrite, du Darwin, tout ce que vous voudrez: ce n’est rien de neuf. Je dirai même qu’on peut répondre à Monod ce que Huxley qui était pourtant un grand matérialiste, ou en tout cas un grand agnostique, disait du temps de Darwin: plus vous expliquerez le phénomène de la vie et de l’univers par des mécaniques, et plus vous ferez le jeu des théologiens qui vous deman­de­ront comment cet enchaînement causal a été préparé à l’origine. Cela, je l’admets. C’est pour­quoi je dis que si vous vous bornez à rajouter Dieu au départ, je n’ai rien à vous dire, et, après tout, vous avez peut-être raison. Ce que je ne veux pas, c’est que vous me fassiez intervenir Dieu dans le déroulement de la chaîne causale, parce qu’alors là nous ne pouvons plus faire de science. Dieu au départ, je n’ai rien à objecter. ”

Jean Rostand in Christian Chabanis Dieu existe-t-il ? Non répondent..., Paris, Fayard, 1973, pp. 44-45

 

 

 

Simpson. G.g. 1949 (qui a lancé le néo-darwinisme)

 

 

 

« L’adaptation est un fait et elle se réalise au sein d’un processus qui se déroule dans le sens d’un progrès et d’après des lignes de direction déterminées. Ce processus constitue un évènement de la nature qui s’effectue d’une manière entièrement mécanique. Mais ce processus naturel nous donne l’impression d’un but poursuivi sans personne qui le poursuive et il réalise un plan d’une vaste envergure sans personne qui en soit l’auteur. Il est possible que la mise en train de ce processus et les lois physiques d’après lesquelles il se développe aient été ordonnées par quelqu’un vers un but et que cette exécution mécanique d’un plan soit à considérer comme l’instrument d’un auteur de ce plan, mais il n’est pas dans les compétences du  naturaliste de s’exprimer sur ces problèmes extérieurs au domaine scientifique. »

 

 

Bohm ( David)     (Causality and Chance in Modern Physics (1957)

 

 

 

 "Le terme psychosomatique met en évidence des entités, le mental et le soma (ou corps), mais je désire insister quant à moi sur deux aspects d'un même processus. Tout processus peut être traité soit comme somatique soit comme significatif. Un exemple élémentaire nous est fourni par un journal : il est somatique en ce sens qu'il ne s'agit que d'une feuille de papier recouverte d'encre, pourtant il y a aussi une signification.  J'ajoute que toute partie du corps ou des processus organiques est somatique, c'est un ensemble de nerfs soumis à des réactions chimiques et physiques; mais elle possède en outre une signification qui est elle active. Le point essentiel relatif à l'intelligence est l'activité de signification, d'accord ? ...Ce que je veux dire c'est que la nature est organisée en accord avec cette activité de signification. Celle-ci peut toutefois être perçue de manière somatique dans une forme de matière plus subtile qui, à son tour, est organisée par une forme de signification encore plus subtile. Ainsi de cette façon tout niveau est-il à la fois somatique et significatif... p. 77

 

...Les hommes ont eu autrefois l'intuition d'une forme d'intelligence qui avait organisé l'univers et ils l'ont personnalisée et baptisée Dieu. Une intuition similaire peut s'imposer aujourd'hui sans que nous la personnalisions et sans que nous la nommions Dieu. "

Extrait   de : Renée Weber. Dialogues avec des Scientifiques et des Sages . Éditions du rocher. 1988

        

 

WINTREBERT Le vivant créateur de son évolution. 1962

 

 

 

« L’erreur des mécanistes est de ne pas se rendre compte que le vivant est régi par des lois propres, qu’il possède des fonctions créatrices, inconnues du monde physique, qu’il assimile, s’immunise, s,adapte. Ils n’ont pas l‘.air de comprendre la transformation radicale qu’ont engendrée dans la matière physique, non seulement son changement dans la matière physique, non seulement son changement en macromolécule complexe et dissymétrique, mais l’acquisition de son individualité. Celle-ci la sépare du milieu environnant, l’enclôt en soi, la fait travailler pour soi, captant, dévorant, digérant, assimilant les éléments matériels dont elle fait sa proie, les mêmes que ceux qui lui ont donné naissance ». . PP.30-31

 

 

Whitehead  (Alfred North)

 

 

 

 « L’art du progrès consiste à préserver l’ordre au sein du changement et le changement au sein de l’ordre »……. « La créativité de la nature est réglée par des lois; poussée en avant, elle est orientée vers du plus parfait…. On ne peut éliminer la finalité.- ce serait le règne l’inintelligibilité »….. Dieu est le poète du monde, qu’il dirige avec une tendre patience par sa vision de vérité, de beauté et de  bonté » Procès et réalité

 

 

 

TEILHARD DE  CHARDIN.  Le phénomène humain. Paris, Seuil,  1955

 

 

 

"Les choses ont leur intérieur, leur "quant à soi" pourrait-on dire. Et celui-ci se présente en relations définies, soit qualitatives, soit quantitatives, avec les développements reconnus par la Science à l'Énergie cosmique...

Dans le domaine de la Physico-chimie ...les objets ne se manifestent que par leurs déterminismes externes. Aux yeux du Physicien, il n'y a légitimement rien ( au moins jusqu'ici) qu'un "dehors" des Choses. La même attitude intellectuelle est encore permise au bactériologiste, dont les cultures se traitent ( à quelques grosses difficultés près) comme des réactifs de laboratoire. Mais elle est déjà beaucoup plus difficile dans le  monde des Plantes. Elle tend à devenir une gageure dans le cas du biologiste intéressé aux comportements des insectes ou des Célentérés. Elle apparaît simplement futile dans le cas des Vertébrés. Et finalement elle échoue complètement avec l'Homme, chez qui  l'existence d'un "intérieur" ne peut plus être esquivée, puisque celui-ci devient l'objet d'une intuition directe et l'étoffe de toute connaissance." p. 51

 

..."Mais, en chaque élément particulaire, ajouterons-nous, cette énergie fondamentale se divise en deux composantes distinctes: une énergie tangentielle qui rend l'élément solidaire de tous les éléments de même ordre (c'est à dire de même complexité et de même "centréité") que lui-même dans l'Univers ; et une énergie radiale, qui l'attire dans la direction d'un état toujours plus complexe et centré, vers l'avant."  p. 62

 

..."A peine enclose dans la Terre naissante..., la Prévie sort de la torpeur où paraissait la condamner sa diffusion dans l'Espace. Ses activités jusque-là dormantes, se mettent en mouvement, pari passu, avec l'éveil des forces de synthèse incluses dans la Matière. Et, du même coup, sur toute la périphérie du Globe nouvellement formé, c'est la tension des libertés internes qui commence à monter. " p. 72

 

..." La Terre est probablement née d'une chance. Mais, conformément à une des lois les plus générales de l'Évolution, cette chance, à peine apparue, s'est trouvée immédiatement utilisée, refondue en quelque chose de naturellement dirigé. Par le mécanisme même de sa naissance, la pellicule où se concentre et s'approfondit le Dedans de la Terre émerge, à nos yeux, sous forme d'un Tout organique où on ne saurait plus désormais séparer aucun élément des autres éléments qui l'entourent." p. 73

 

..."Et voilà où se poursuit et ré-apparait, au niveau des particules animées, la technique fondamentale du Tâtonnement, cette arme spécifique et invisible de toute multitude en expansion. Le Tâtonnement, où se combinent si curieusement la fantaisie aveugle des grands nombres et l'orientation précise d'un but poursuivi. Le tâtonnement qui n'est pas seulement le Hasard, avec quoi on a voulu le confondre, mais un Hasard dirigé. Tout remplir pour tout essayer. Tout essayer pour tout trouver. Le moyen de développer ce geste, toujours plus énorme et plus coûteux à mesure qu'il s'étend davantage, ne serait-ce pas là, tout au fond, ce que la Nature si l'on peut dire cherche dans la profusion ? " p. 116

 

"Par l'hominisation, en dépit des insignifiances de la saute anatomique, c'est un Age nouveau qui commence. La Terre fait "peau neuve". Mieux encore, elle trouve son âme." P. 201

 

"Dans le monde, l'Homme est entré sans bruit..." p. 203

 

"Sur une même trajectoire de feu, les tâtonnements instinctifs de la première cellule rejoignent les tâtonnements  savants de nos laboratoires. -- Inclinons-nous donc avec respect sous le souffle qui gonfle nos cœurs pour les anxiétés et les joies de "tout essayer et de tout trouver ". L'onde que nous sentons passer ne s'est pas formée en nous-mêmes. Elle nous arrive de très loin, -- partie en même temps que la lumière des premières étoiles. Elle nous parvient après avoir tout créé en chemin. L'esprit de recherche et de conquête est l'âme permanente de l'Évolution." p. 248

 

 

 

BOUNOURE LOUIS, Déterminisme et finalité. 1957

 

 

 

En exergue de l’ouvrage : « Comprendre ou expliquer la finalité organique est le problème central de la biologie et même celui de la philosophie ». Cuénot. Cité p. 7.

 

« Dès le titre du présent livre, il est affirmé que le mécanisme est une loi de la vie; nous exprimons ainsi notre adhésion sans réserve à cet enseignement définitif de Claude Bernard, que la vie implique des déterminismes matériels sans lesquels elle ne saurait exister ;  on ne peut donc la connaître dans ses processus sans en étudier nécessairement la matérialité. Mais cet aspect n’épuise par la réalité de sa nature authentique, car s’il en était ainsi, les laboratoires seraient en mesure déjà de fabriquer des êtres vivants. Il n’est nullement paradoxal d'affirmer qu’une biologie purement analytique détruit pratiquement l’objet de son étude ; et s’il n’y avait quelque irrévérence à le faire, on pourrait noter que beaucoup de biologistes semblent s’en accommoder sans beaucoup de peine. » p. 10

 

« . …toutes les conduites que l’on pourrait qualifier d’émotives, comme la colère ou la peur, impliquent l’intervention de l’hormone thyroïdienne et de l’adrénaline, dans des réactions complexes ou le système nerveux a sa part.

Quand la physiologie a ainsi démontré le rôle des facteurs endocriniens dans la motivation du comportement elle est tentée de croire qu’elle en a atteint la cause efficiente même; mais en réalité elle n’a découvert qu'une condition de l’instinct, condition dont il faut il est vrai, reconnaître le caractère indispensable. »  p. 136

 

… « Non moins flagrantes sont les erreurs logiques qui consistent à croire que le facteur physicochimique qui déclenche un phénomène tout préparé  explique ce phénomène, ou que la médiation nécessaire d’une substance chimique dans le développement d’une structure donne raison suffisante de cette structure.  La théorie chimique de l’organisation est « deux fois absurde » car même si l'on admettait qu'une substance banale puisse être cause d’une   structure complexe, elle ne pourrait, de toute manière, en être cause selon le mode caractéristique  de la différenciation embryonnaire, c’est à dire en faisant apparaître successivement des organes concrets de plus en plus précis et divers. …  L’extrême faiblesse des raisonnements  voilà où tombent beaucoup de biologistes, par « peur de se trouver entraînés à des conceptions religieuses ou providentialistes ». p.197

 

…« Les biologistes qui ont le plus nettement vu et proclamé la finalité organique se sont abstenus d’assigner une  nature précise à sa profonde cause inconnue : Driesch, en la qualifiant de « non mécanique », Cuénot, en l’appelant « anti-hasard » ont respecté la « réalité originale et irréductible » de l’être vivant, réalité dont c’est un caractère essentiel que les phénomènes en elle ont un sens, de telle sorte que le vivant est, pour l’homme qui l’observe, un être à la fois concret et idéal. »  p.236

 

… « Ainsi, matière organisée et idée organisatrice, la réalité vivante apparaît avec un  caractère de dualité irréductible : dès lors déterminisme matériel et finalité immanente seront les principes respectifs de deux biologies concurrentes, acharné à se combattre, l’Une matérialiste et mécaniste, cherchant à se modeler sur le type des science s physico-chimiques, l’autre spiritualiste et vitaliste, attachée à l’importance d’une finalité qui échappe à l’empirisme pure. » p.242

 

… « la finalité biologique n’est ni une illusion anthropomorphique, ni une invention philosophique, ni une croyance mystique, mais une vérité de fait » p. 244

 

 

 

Alfred Kastler in Christian Chabanis Dieu existe-t-il ? Non répondent..., Paris,       Fayard, 1973, p. 21

 

 

 

“ Longtemps le biologiste s’est trouvé devant la téléologie comme auprès d’une femme dont il ne peut se passer, mais en compagnie de qui il ne veut pas être vu en public. À cette liaison cachée, le concept de programme donne maintenant un statut légal... Je crois que c’est vrai. ”

 

 

 

 

A.I. Oparin, L’origine de la vie sur la terreParis ,1965, p. 253

 

 

 

“ La structure de ces protéines est non seulement très compliquée mais elle est aussi extrêmement bien adaptée à l’accomplissement de fonctions catalytiques définies qui jouent un rôle important dans la vie de l’organisme tout entier; cette structure est strictement conçue dans ce but, pour cela. Une telle adaptation à sa fonction biologique, une telle structure conforme à son but caractérise aussi les acides nucléiques des organismes actuels et qu’elles soient apparues par hasard est aussi impossible que l’assemblage par hasard à partir de ses éléments, d’une usine capable de sortir n’importe quel produit particulier. ”

 

 

 

 

Piaget. Introduction .... p. 1950

 

 

 

"Le jour où la physique expliquera les structures propres à la vie, l'assimilation entre cette science et la biologie ne se fera pas selon un sens unique, mais sera réciproque...L'explication physico-chimique de la vie aboutira à biologiser la physico-chimie tout en paraissant matérialiser le vital"

 

 

 

 

Edmund Whittaker, Le commencement et la fin du monde, Paris, Albin Michel, 1953, pp. 86-87

 

 

 

“ Supposons qu’au début les cartes soient rangées en ordre, commençant par exemple par l’as de pique et continuant par le roi, la dame, etc., jusqu’au deux de pique, puis passant à l’as de cœur et tous le cœurs en ordre, puis les carreaux, enfin les trèfles: c’est ce que nous appellerons l’arrangement ordonné des cartes. Maintenant, battons les cartes de façon à détruire toute trace de l’arrangement primitif: quelles chances y a-t-il qu’un nouveau battage ramène l’ordre du début ? La réponse peut être donnée par le calcul des probabilités:  les chances sont approximativement de 1 contre 1068, ce qui est si écrasant que nous pouvons regarder la probabilité de restauration de l’ordre original comme pratiquement nulle. Ainsi, s’il est facile de transformer l’ordre en désor­dre, il n’est point aisé de ramener le désordre à l’ordre. 

 

 

 

 

(À raison d'un brassage de cartes à toutes les trois secondes,  cette probabilité exigerait pour se réaliser  des milliards de milliards de milliards, etc.  de fois le temps que l'on attribue actuellement à l'univers depuis le Big Bang)

 

 

 

Dalq. Le problème de l'évolution.

 

 

 

"Il y a donc une énigme devant laquelle notre équipement conceptuel, tel que nous l'avons acquis par l'Évolution de notre science,  reste impuissant."

 

 

 

Eccles, (Jean), prix Nobel médecine 1964

 

 

 

« Le mystère de l’homme est incroyablement diminué à tort par le réductionnisme scientifique et sa prétention matérialiste à rendre compte de l’esprit en terme de simple activité neuronale…. Tous les aspects spirituels de la nature humaine échapperont toujours aux explication scientifiques darwiniennes. Pour cette raison, j’ai du superposer un concept finaliste aux explications matérialistes darwiniennes auxquelles j’ai strictement adhéré dans mes recherches préalables. »

évolution du cerveau et création de la conscience

 

 

Barjavel, La faim du tigre, Paris, Denoël, 1966, pp. 20 à 25

 

 

 

“ L’ovule a deux dixièmes de millimètre de diamètre. Le spermatozoïde est des milliers de fois plus petit. Leur poids total ne doit pas atteindre la moitié d’un milligramme. Il n’y a pas de mot dans la langue française pour désigner cette infime quantité de matière, ce moins que fétu, ce soupçon. Et pourtant cet infinitésimal contient tout le programme de fabrication de l’adulte, dans son ensemble fini et dans ses moindres détails: la couleur de ses cheveux, mais aussi leur nombre, et ce grain de beauté hérité d’un ancêtre du sixième millénaire, et qui jusqu’à la fin des siècles ornera de temps en temps la fesse gauche d’une femelle de la lignée; et le buste rond ou plat, les épaules tombantes ou carrées, les ongles souples ou cassants, et du poil ou non sur les doigts de pied. Et la façon dont se plisse le coin de l’œil pendant le sourire, la forme du geste du bras qui s’avance pour saisir un objet, le son de la voix, le sommeil léger ou profond, les rêves peut-être... Tout cela est dans ce minuscule, tout le particulier qui différencie des autres et lie à ses ancêtres l’individu qu’il va fabriquer.

Mais avant ce particulier il y a aussi, il y a surtout le général, le plan général de fabrication qui est le même pour tous les individus d’une même espèce. Dès qu’ils se sont mélangés pour ne plus faire qu’une seule cellule, l’ovule et le spermatozoïde commencent à se diviser. L’œuf, cellule unique de base, qui contient tout le devenir, se divise en deux, puis en quatre, en huit, en seize, trente-deux, soixante-quatre, etc., en une fabuleuse progression géométrique qui finira par fournir les milliards de cellules nécessaires à la construction d’un individu complet. Et chacune des deux, quatre, huit, seize... chacune des milliards de cellules a emporté les ordres.

Les ordres de l’espèce qui font qu’elle contribue à fabriquer un homme et non un cheval, un escargot ou une laitue.

Les ordres de la lignée, qui font qu’elle contribue à fabriquer une Suédoise aux cheveux de lin et aux yeux bleus, ou un Chinois, ou un Auvergnat, ou une mulâtresse, un grand ou un petit...

Les ordres de l’organe qui fait qu’elle va se différencier, se spécialiser et prendre place dans le foie ou le cerveau, la rétine, l’estomac, et qu’elle saura exactement quel genre de travail elle devra exécuter.

Les ordres de la cellule, qui font qu’elle saura recevoir du sang et de la lymphe, les nourritures multiples, les transformer pour les besoins de l’individu, les besoins de l’organe et ses propres besoins, fonctionner comme une usine chimique, électrique et atomique, infiniment perfectionnée et complexe, fabriquer une quantité précise d’énergie ou de produits déterminés, les mettre en circulation ou en réserve, rejeter les déchets...

Chacune de ces milliards de cellules fait exactement ce qu’elle doit faire, à la place exacte où elle doit le faire et où elle s’est installée pendant la fabrication de l’individu. Selon les ordres.

L’individu ne s’est pas fait, il n’a pas voulu sa vie, et sa vie se continue sans le secours de sa volonté. À aucun moment, il ne continue d’exister parce qu’il le veut. C’est une organisation totalement indépendante de sa conscience et de ses décisions qui le maintient en vie. Son intelligence est trop faible, son attention trop instable, son ignorance trop grande pour qu’il puisse assurer cette tâche, même pendant quelques instants. Si un individu devenait tout à coup responsable de son corps, celui-ci sombrerait aussitôt dans le désordre et la décomposition. Le gouvernement d’un monde aussi complexe que le corps humain réclame une connaissance totale des ressources de la matière et des lois de notre univers. Il exige un éveil perpétuel, une attention ininterrompue, une capacité de réception, de coordination et de décision qui ne laisse en dehors du circuit de la vie aucune parcelle de l’organisme. Tout cela est très loin au-dessus des possibilités de connaissance, de compréhension et de volonté humaines. L’homme est comme logé en lui-même à la façon d’un passager incompétent. Il ignore tout de la conduite d’un organisme qui ne dépend pas de lui, et qu’il est tout juste capable de détraquer par son comportement.

Au cours des siècles, en ouvrant avec un couteau son corps fermé sur ses secrets, l’homme a fini par apprendre en partie comment il fonctionne. Mais le prodige, ce n’est pas qu’il sache enfin, à peu près, à quoi sert chacun de ses organes, c’est que chaque organe sache, lui, à quoi il doit servir. Et que le cœur batte, que les glandes sécrètent, que l’intestin digère, que le foie trans­forme, que le sang transporte, nourrisse, nettoie, défende, que chaque organe, que chaque cellule sachent ce qu’ils ont à faire et le fassent exactement, sans que s’en mêle l’individu qu’ils composent.

L’autre prodige, c’est que chacun de ces organes se soit fabriqué et mis à sa place, à partir d’un demi milligramme de matière vivante. Et que l’anus ne se soit jamais installé à la place du nombril, l’estomac dans le crâne, les yeux sous les pieds, la peau à l’envers, le cœur dans la main... ”

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2.  Hasard  vivant parmi les vivants

3.    Litanies     

        et    (b)  Adorations

4. Azar au Bordel    

4b. Testicules et  vocation

4c. Érection à tout  vent

4d. Orgasme à tout coup

4e. Sexe et coloration de la peau

 

5. Adorateurs, Apostats et Hérétiques

6.  TEXTES:

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7.  ESSAI : hasard et finalité

8.   Hasard et finalité (suite)

 

9.   Du néant à l’être.

       Histoire romancée du premier atome

 

10. A propos de l’ « Intelligent design »

 

 

 

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