IVRESSE, FOOTBALL ET IDENTITÉ

 La liesse  qui accompagna l’arrivée  des alliés dans Paris ou la chute du Mur de Berlin n’est en rien comparable à celle qui s’empare d’une population à   la pénétration d’un ballon rond au moment approprié entre deux poteaux  qui momentanément  jouent  le rôle d’Arc de Triomphe. L’opération  consacre la domination d’une nation sur une autre et condamne l’autre à un pénible retour de Russie.  Une clameur monte du stade et de toutes les chaumières où les partisans sont  agglomérés autour du poste de Télé. La Chine doit conscrire  et mobiliser les écoliers pour arriver à fabriquer assez de drapeaux  pour  célébrer les Austerlitz ou les Waterloo des nations au gré de la cédule prévue

 La célébration de l’identité nationale est totale, plus de classes ni sexes,  plus de riches ni pauvres, plus d’universitaires ni  recalés du primaire, ni couleur de peau, le patriotisme ludique se porte au secours du patriotisme civique à l’agonie. Les animaux emblématiques s’affrontent : on compte sur le dragon pour venir à bout du lion, à tout le moins pour bien digérer le  coq, cocorico compris. Les paraplégiques et les agonisants, en cas de victoire, célèbrent leur vitalité recouvrée. Les Américains sont interloqués; comment ne joue-t-on pas le football avec un ballon ovale comme tout le monde ? Le Pape est sommé de se brancher, à tout le moins de ne pas allumer hypocritement des lampions derrière un paravent.   En Iran les femmes se déguisent en hommes pour avoir le privilège  d'entrer dans le stade et de communier à la célébration. Les astres s’enlignent  ou les saints sont nolisés  pour servir les ferveurs identitaires  de ci ou de là.  Tous les moyens sont bons pour entretenir les fièvres : des condoms  sont imprimés aux couleurs  nationales ou avec l’image du héros local;  quant à mousser la cause pourquoi ne pas avoir recours aux techniques de base  qui ont fait leur preuve dans le passé.

 Au-delà du tribalisme, du gangstérisme, buveurs de champagne, de bière, de vin ou d’eau minérale et quelques australopithèques qui se mêlent à la foule, tous célèbrent leur identité  récupérée par un score de 1-0.  Ils sont tout à coup quelqu’uns. Aucun poète, aucune manifestation,  aucun projet  n’auront autant  le don d’exciter  la fierté et la fièvre nationaliste. Et si le ballon manque de classe, refuse  de jouer son rôle, la détresse est totale et nationale… Et dans certains pays le gardien de but responsable  se met à envier le sort de Eichmann  face à ses concitoyens… qu’il a précipités dans la défaite et la honte.  Certains arbitres ont eu parfaitement raison de craindre pour leur vie. Et en ont même  fourni la preuve par neuf.  Les victoires  ou les défaites sont remémorées, commémorées, ponctuées de larmes de joie ou de sanglots récapitulatifs. De ce temps-ci,  le seul moment de fierté ou de deuil partagé par tout un peuple est  l’adoration du ballon rond.  Le caoutchouc, Gus,  représente un saut quantique dans l’évolution : gonflé ou figé en rondelle, il est devenu l’instrument idéal peut combler les vides existentiels vécus par les âmes endolories. La religion de la balloune sacrée comporte ses traîtres, ses assassins, ses philosophes, ses théoriciens et ses théologiens. 

Ah, les commentateurs sportifs

Même les meilleurs…finissent par moroniser. …Il y a une limite à ce qu’on peut dire sur un match de hockey; au-delà de cette limite, le propos même intelligent se débonde en gargouillis d’évier » Foglia.

Gus, as-tu pensé à te mobiliser pour sauver nos forêts. Calcule : combien d’arbres foutus quand les cinq ou six commentateurs sportifs d’un grand journal se croient obligés (au moins par leurs patrons ou leur clientèle) à commenter le même match ad nauseam  (nombre de pages X le tirage).

Encore s’ils pouvaient changer, à force d’en parler, les défaites en victoires, en victoires non seulement morales.    

 

Des théologiens y voient une ultime confirmation de la Trinité : la divinité, assaillie par un nombre égal  de prières, de chandelles et de lampions entre les belligérants et par autant de signes de croix  ou salamalecs des deux gardiens de but,  est forcément partagée. C’est un cas de dichotomie profonde : d’où la nécessité d’une troisième personne pour faire pencher la balance… du bon coté.  Les partisans basculent de la foi à l’incroyance, de l’invocation au blasphème, de l’athéisme à la foi en Dieu le Père, Fils et Esprit…     au gré des arbitres.

Consécration suprême, les psychanalystes s’y sont mis aussi: «  The neurotic genius of Dutch football » ; « Le coup de pied sur le ballon comme phantasme inconscient du  coup de pied au cul du  paternel ». Gus, admire le double  sens ou la double direction ; « Un art de vivre : prendre son pied collectivement »; « La peste émotionnelle comme soupape »;  « Résorption du complexe d’Oedipe : le ballon comme sublimation du sein maternel » etc. Gus, dans ce contexte, la rondelle de hockey serait sans doute une sublimation du biscuit Oréo.

« Quand nous les Uruguayens  subissons  une défaite humiliante, c’est la confirmation que   nous ne sommes rien de plus qu’une fiction dans l’histoire,  une erreur de géographie,   une mauvaise farce de Dieu ou du Diable »  Eduardo Galeano, ("Soccer in Sun and Shadow »)

Des nations sont stoïques dans la défaite, d’autres  adoptent le style de pleureuses grecques.  C’est l’occasion de réconciliation ou d’animosité ou de rivalité savamment entretenues  où journalistes et piliers de bar s’ébrouent indéfiniment… …  .  Plus une population est malade, plus la victoire, si elle se pointe,  prend une allure thérapeutique plutôt que festive.  Gus, remarque au moins les progrès de la civilisation : les victorieux ne ramènent pas chez eux  les perdants, esclaves potentiels,  attachés à queue leu leu par des câbles  pour  parader en territoire ennemi   sous les hués de la foule qui les attend.    L’art de temporiser est cependant de mise : pour les  quatre années à venir animosité et rivalité doivent se reporter en mode mineur sur la ville voisine ou le canton d’à coté ou sur le  conjoint disponible  en attendant de  remettre l’honneur national en jeu quand la compétition sera redevenue  urbi et orbi selon le vœu de Benoit xvi.            

Une jeune fille de 18 ans, Amelia Biolanios, se suicida avec le pistolet de son père  quand le El Salvador subit la défaite  face à  l’Honduras.   Elle ne pouvait pas supporter de voir sa patrie à genoux titraient les journaux. Et, consacrée héroïne du football, cette  Juliette  du Ballon Rond a eu droit à des funérailles  télévisées,  quasi nationales. C’est à chaque époque d’inventer ses martyrs.

 Gus, tu te souviens de la question que ton Prof te posait il y a déjà quelques années ? A quoi

joue-t-on quand on joue ?  Et ton prof s’inspirant de Schopenhauer, répondait sentencieusement que l’on joue à la vie. L’homme, se prenant pour un démiurge, s’invente de toute pièces  un monde avec ses lois, ses objectifs, aussi débiles les uns que les autres,   il y mobilise toutes les passions de la vie, échec, triomphe, hargne, compétition,  courage, capitulation, mais, en démiurge responsable, il vit toutes les excitations de la vraie vie, en savoure le « thrill »,  mais il prend bien soin  de garder un contrôle sur le mal,   qui n’est qu’un faux-semblant, auquel il peut se soustraire selon son bon plaisir, quitte à fermer son poste de Télévision  et à ne pas inviter son beau-frère. 

On peut imaginer que des gens  aimeraient connaître le « thril » de vivre un cancer,  en éprouver  toutes les émotions,… si on pouvait décider, à notre gré, d’arrêter l’expérience… On peut jouer avec la vie, c'est le sport,  mais la vie, malheureusement, elle, ne joue pas, elle n’est pas sportive.  

Parfois, Gus,  la réalité vraie, celle qui n’est pas sportive pour deux sous,  resurgit  sous  tout l’artifice du jeu  maintenu en place par des milliards de regards et quelqu’un peut recevoir un de ces coups de béliers dans le plexus !

 

« Quand c’est très mauvais, c’est souvent bon…

 

You bet que j’aime ça. Comme j’aime écouter, sans en avoir l’air, les habitués du Café Italia parler de soccer. Le discours sportif  … nous montre l’homme en des états de bêtise vraiment spectaculaires, spectaculaires parce que la bêtise à ce point  est un formidable spectacle.  Il m’arrive de m’exclamer après une autre benoîte remarque de Jean P… : Dieu qu’il est bête ! Mais je vous jure que je dis cela avec admiration. je vous jure que je suis sincèrement impressionné, une bêtise de cette taille-là, tu ne peux que t’extasier : w0w ! Comme la première fois que tu te retrouves au pied de l’Annapurna, wow, c’est haut……

…..

 

Ce que ma fiancée ne comprend pas, c’est qu'en clapotant sur ce fond digestif et légumineux (Gilles Deleuze), en écoutant ces très mauvaises  émissions,  le lecteur, le téléspectateur sont naturellement élevés au rang d'anthropologues et ont à se poser une question qu’aucun anthropologue n’a encore jamais eu à se poser; cout’donc, l’Homme ne descendrait-il pas plutôt de la courge ? »

 

Pierre Foglia. La Presse.11/09/07

 

(Pour ceux qui ne le sauraient pas, Foglia est un ancien commentateur sportif et  encore, à l’occasion, aux Olympiques). 

La compétition, celle  imposée par la vie, la vraie,  multiplie les perdants en temps réel. Le sport fournit une dernière chance ou dans un dernier droit fictif on pourrait, toujours dans la compétition, se retrouver gagnant au moins une fois  sur deux,  si les dieux du stade avaient un sens minimal d'équité.

 

Le « je » que chacun estime, au fond de soi, comme plutôt minable, devient partie tout à coup d’un « nous »  qui l’engrosse,  l’engraisse et le gonfle  à bloc. .

 

Privilège du sport. Échapper à la rectitude politique et aux tribunaux en usant à fond la caisse de son droit de haïr l’adversaire et de le traiter de tous les noms,  même d'en rire sans être  traité en justice ou finir derrière les barreaux.  Ce qui serait le cas si on s’avisait de comportements aussi déréglés  face à quelques catégories sociales qui n’a pas l’honneur  d'appartenir â la majorité… ou à la souche d’origine…

Le ballon rond ou ovale, la rondelle plate ou le panier percé deviennent des substituts de la vie,  remplissent le vide de nos vies et nous consolent de l’adversité qui nous  menace.   La France peut connaître les humiliations d’une défaite  par l’Allemagne au  football.  Belle occasion de revivre les émotions de 1940 …. Sans les conséquences, on joue à la vie.

Les adolescents dans leurs jeux video, tuent, déciment  les populations, à qui mieux mieux. Et il y aurait longtemps  que la surpopulation  ne serait plus une menace.  La planète serait en train de se vider si… d'autres ne se livraient à des pseudo-copulations pour maintenir l’équilibre naturel.

 

Voir aussi : D’un australopithèque à l’autre. (violence dans le sport)

 

Suite :   L’autodéfense identitaire : immigration et intégration  >>>>

 

 

 

ACCEUIL.

Principaux facteurs d’identité

Vie et évanescence des passions identitaires

Test identitaire

Gus, apprends à te connaitre

Football, ivresse et  identité.

 L’autodéfense identitaire : immigration et intégration

 

 

 

 

 

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