A tous ceux qui s'enfoncent en ces temps lointains pour prendre conscience de cette coulée de sève qui monta de générations en générations jusqu'à nous.

Dans LES DEMI-CIVILISÉS, (1934, P. 114) le héros de Jean-Charles Harvey est sur la Terrasse Dufferin à Québec. Du haut de la falaise, il contemple les rives du Saint-Laurent et en toile de fond l'Île d'Orléans où commence en 1670 la présente généalogie...

"Entre ces deux rives bordées de bâtiments et maculées par l'industrie humaine, des effluves du passé montèrent fugitivement. Près d'ici, me disais-je, débarquèrent un jour, venant d'un monde déjà sénile, nos pères et nos mères. Ils étaient jeunes, beaux, courageux. De petits voiliers ancrés à l'embouchure de la rivière Saint-Charles, des barques se détachaient, portant cette semence humaine dans laquelle nous devions tous germer. La plupart des pionniers s'évadaient des traditions gênantes pour goûter la jeunesse d'une terre neuve et la liberté des solitudes ; c'est le cur gonflé de sève et d'audace qu'ils s'enfonçaient dans la forêt. Ils ne craignaient ni la peine, ni la fatigue, ni la mort ; seul l'esclavage leur faisait peur. Pendant un siècle et demi, ils ne furent qu'une poignée, quelques milliers à peine, et pourtant ils explorèrent tout le Nord de l'Amérique, où vivent aujourd'hui plus de cent millions d'hommes. De la Baie d'Hudson jusqu'à la Louisiane, hardis, musclés, hirsutes, on les voyait partout. C'étaient de beaux et forts hommes, faits pas les plus saines femmes du monde.

Me voici parmi les descendants de ce peuple que je trouve terriblement domestiqué......"